TRPISME DE L'ANGELIQUE NOIRE

Le parfum est de l’art impalpable en flacon
Une invitation au voyage

       
         
Effluves
       
   
C’est un de ces étés terriblement chauds. Paris persiste moite et étouffant. Nous sommes en juillet et Angélique peine à travailler dans cette boutique dont la climatisation ne fonctionne plus depuis plus d’une semaine. Comme à l’accoutumée, elle reste sur la capitale pendant que la plupart des gens partent en vacances. Elle préfère l’arrière-saison, on y pratique des tarifs plus abordables et les lieux ne surnagent pas de tous ces touristes qu’elle supporte plutôt mal. De plus, elle se plait dans sa solitude à travers de laquelle, elle se retrouve.
La boutique très chic dans laquelle elle œuvre en qualité de conseillère, propose à une belle clientèle sélective, sous la même enseigne de renommée, de prestigieux parfums et produits cosmétiques. Elle se situe à deux pas des grands magasins. Quartier où elle se sent tout particulièrement bien et à son aise car tout y est à portée de mains. Magasins de prêt à porter, lingerie, chaussures, bijouterie et Fnac dans laquelle elle flâne des heures durant à choisir un roman ou un CD. 
Elle adore son métier, esthète, elle se trouve à son aise dans ce monde destiné au raffinement tant féminin que masculin. Elle est fascinée par toutes ces essences qu’elle ne cesse de humer à longueur de journée et tout cet historique romanesque qui s’en suit. De nature passionnée, tout n’est qu’Art pour elle. A la sensibilité exacerbée, elle s’en trouve parfois même bouleversée...  
       

 
Un homme d’une grâce séductrice franchi le seuil de la boutique. Il rayonne de distinction dans son costume taillé sur mesure. Il est délicieusement à son goût. Angélique a en l’espace d’un instant un bref sursaut nerveux, un tressaillement puis un passager moment de panique. Puis, elle le salue en lui adressant un tendre sourire. Il s’approche. Il vient pour découvrir un de ces parfums mythiques qu’alloue la maison. Senteur d’une pure merveille, alliant l'arrogance audacieuse, la sensualité et d’équilibre. C’est celle qu’elle affectionne le plus. Elle est presque éprise de cette fragrance. Son sillage olfactif la ravit. Quelques années plutôt, l’homme de sa vie la portait. Elle jubilerait toujours sur cet amour perdu tant elle l’avait idolâtré. Et qui plus est, il lui semblait qu’elle ne pourrait jamais véritablement s’en délier. L’homme la fixe aimablement, d’un regard profond. Angélique prend le flacon qu’elle lui présente. Elle sait comme personne sublimer le caractère de ce jus d’exception : Frais, pétillant laissant place à la chaleur épicée pour s’affirmer d’une élégance sur-masculine tel un animal racé, au raffinement éclatant de prestance et de beauté pour se fondre tel une seconde peau tout en rondeur de part des notes de bois précieux, musc et cuir.
Rien qu’à ses mots, la chaleur envahit par paliers son corps, Angélique se met à fixer les mains terriblement troublantes de l’homme. Ne voyant plus que celles-ci, elle crève d’envie de les étreindre. Elle veux les frôler, mais ne le fait pas de peur de briser cette magie qui l’emporte vers un ailleurs. Cependant par maladresse, elle les effleure elle se senti mourir. Un rayon d’une force surnaturelle transperce les vitres du magasin et enlumine toute la boutique…
« Mademoiselle, Mademoiselle » une vacillante résonance de ses paroles tambourine dans sa tête lourde. Elle lève péniblement ses ombrelles et croise les yeux de l’homme à l’iris ébène à faire rougir toutes les femmes du Monde tant l’intensité subjugue. Il passe de sa paume, caressante sensation sur sa nuque, l’invitant à se redresser afin de se désaltérer. Delphine, l’une de ses collègues qu’elle prise à surnommer sans cesse tel un jeu « Douce Delphine » sourire aux lèvres, lui tend un verre d’eau fraîche. Un petit tapotement incessant sur le dos de sa main, certainement de sorte à la faire revenir, l’exaspère… Quant est-il ?
 

Une mélodie passive, un air arrive délicatement à son ouïe de moins en moins aphone. C’est alors, qu’elle reconnait la chanson « Just you and me… » Et pourtant, éclipsant tout enchantement, le mécanisme infernal de la réalité vient de l’extirper de l’irréel. Machinalement, elle presse le bouton de cet appareil que l’on appelle communément réveil, afin de stopper l’acharnement musical. Elle s’étire longuement poussant de tendres gémissants de béatitude. Puis s’assied au bord de ce lit : passerelle du voyage. Son chat lui réclame cajoleries, qu’elle lui concéde le plus naturellement qu’il soit puis elle lui dit d’une voix de fée : - « bonjour le chat ». Christiania se lève, se dirige vers les spots de la salle de bain qui lui semblent si agressifs en ce matin. Dans un halo bleu, elle entrevoit l’image rêvée qui disparait en un éclair pour faire place au bien-fondé. Depuis ce jour, tous les matins, le nez dans sa tasse de café, inconsciemment, elle s’évertue à retrouver dans le marc, prunelles de jets ! 

 
     

Chrystel MARMIER Copyright 2006 « Tropisme de l’Angélique Noire »

 

 

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